Dharampur, Chaitra Vad 4, mercredi 1956
J'ai bien reçu votre lettre. Le calme règne ici.
Soudain, une gêne physique est apparue, et elle est vécue avec calme ; j'en étais consciente, et j'en ai donc tiré une certaine satisfaction.
Tous les êtres terrestres, mus par le karma, éprouvent constamment des manifestations de confort et de malaise. La plupart d'entre eux ne ressentent que le malaise. Parfois, ou en lien avec une autre personne, le confort semble prédominer ; mais en réalité, même alors, seule la souffrance intérieure brûle. Cette souffrance, que même l'omniscience ne peut décrire, cette âme l'a éprouvée à l'infini ; et même maintenant, si ses causes ne sont pas détruites, elle continuera de la ressentir, cela est certain. Sachant cela, les hommes sages et vertueux se sont efforcés de trouver la voie qui permettrait de se libérer définitivement de ce confort illusoire et de cette souffrance intérieure et extérieure brûlante. Et ayant trouvé cette voie juste, ayant foi en elle, l'ayant pratiquée correctement, ils se sont absorbés dans l'état suprême, pur et inné du Soi, qui est la nature même du bonheur absolu.
Les grands hommes qui recherchaient les causes profondes de la manifestation ou de l'expérience du confort et de l'inconfort développaient en eux une inclination si extraordinaire, si joyeusement étonnante, que plus encore que le confort, en cas de manifestation d'inconfort, et cela aussi lorsque celui-ci se manifestait avec une plus grande intensité, leur vigueur s'éveillait davantage, ils gagnaient en zèle, et le temps leur paraissait alors grandement bénéfique.
Pour des raisons particulières, ils prenaient les médicaments, etc., appropriés à leur consommation d'un point de vue pratique, tout en faisant preuve d'autodiscipline. Mais le plus souvent, ils pratiquaient cette sérénité suprême comme seul remède.
Maîtriser la vision du Soi, éternellement rayonnant de par sa nature de conscience, distinct du corps physique, du corps énergétique et du corps karmique ; ce Soi, de nature intrinsèquement consciente, étant par nature sensible, ne peut demeurer insensible aux expériences de confort et d'inconfort, jusqu'à atteindre l'état de liberté absolue. Ainsi, en se détachant du flux des bonnes et mauvaises inclinations, de l'inclination qui crée une relation de confort et d'inconfort ; en acceptant la voie juste de l'abandon total de ce flux d'inclinations instable par nature, qui se manifeste dans ce Soi distinct du corps, etc., et qui demeure dans les limites de sa propre nature ; ce Soi lumineux, de nature de conscience suprêmement pure, se retirant des inclinations impures dues à l'association avec le karma ; la voie par laquelle on peut atteindre le calme, la stabilité dans cette conscience et dans ce Soi, la constance ; seul ce point de concentration, seule cette contemplation, seule cette réflexion et seul cet état naturel d'être méritent d'être mis en avant. C'est là, à maintes reprises, le conseil que donnent les grands sages.
Pour les aspirants qui recherchent le droit chemin, qui désirent y croire et l'atteindre, jusqu'à ce que ce chemin soit pleinement accompli, il est nécessaire de vénérer avec une dévotion suprême le Dieu suprêmement imperturbable ; le Guru dévoué à soi-même, libre de désirs et des nœuds de l'ignorance ; la conduite religieuse enracinée dans une compassion suprême et les écritures exposant une essence suprêmement paisible à travers des déclarations mystiques ; qui sont les causes suprêmes du bien-être.
Je termine cette lettre en citant un verset dont je me souviens.
Bheesan narayagaiye, tiriyagaiye kudevmanuyagaiye ;
Pattosi tivv dukham, bhaavhi Jinbhaavna jeev.
Ô âme, dans l'effroyable enfer, sous forme animale et sous des formes célestes et humaines défavorables, tu as enduré d'immenses souffrances. Aussi, maintenant, contemple et médite sur le Jina bhaavna (la réflexion paisible suprême selon laquelle le Jina Bhagwan résidait en toi comme essence paisible suprême), afin que ces souffrances infinies soient complètement abandonnées et que tu atteignes la richesse suprême et sans obstacle du bonheur.
Aum Paix Paix Paix









