Peu importe que l'on se rende dans l'Himalaya ou dans une grotte ; pour atteindre le Divin, il est essentiel de plonger au plus profond de l'amour. Pourquoi les personnes dites religieuses sont-elles devenues insensibles ? Pourquoi leur cœur est-il devenu de pierre ? Même les pierres ne sont plus aussi dures que les êtres humains aujourd'hui. L'homme semble engendrer une société violente. Il passe sa vie à se comporter cruellement et à blesser autrui. Chacun de ses gestes, qu'il s'agisse de se tenir debout, de s'asseoir, de marcher, de manger, de boire, de regarder ou de parler, est devenu dur et insensible. Seuls ceux qui savent adoucir leur cœur et s'ouvrir au monde, avec bienveillance et compassion, sont véritablement religieux.
Les saints demandent : « Pourquoi vos mains sont-elles devenues froides et insensibles comme celles d'un cadavre ? À la vue ou à l'écoute de la violence, pourquoi vos yeux restent-ils secs et vos oreilles indifférentes ? Comment se fait-il que vous ne frémissiez pas ? Êtes-vous dépourvus de compassion ? » Le Divin ne se révèle qu'à ceux qui sont prêts à s'ouvrir et à rayonner de compassion et d'amitié. L'amour qui se répand est compassion, est amitié.
Amour et amitié
Ce que vous appelez amour est un amour conditionnel. L'amour limité à une seule personne engendre des impuretés. Il se corrompt. Si votre cœur n'est rempli d'amour que pour une seule personne, il est naturel qu'il n'y ait pas d'amour pour le reste du monde. Et lorsqu'il n'y a pas d'amour pour tant de personnes dans le monde parce que vous avez restreint votre amour à une seule, alors cet amour est assurément égoïste, conditionnel et souillé d'attentes. L'amour qui n'a aucun motif égoïste, qui est inconditionnel et sans attentes, est un amour qui s'étend à tous ; il ne peut être limité à une seule personne.
L'amour qui stagne s'encrasse de négativité. L'amour qui cesse de circuler, l'amour qui se retrouve prisonnier d'une seule personne, finit par se teinter de possessivité et d'attentes. L'amour qui coule est frais, vivant et parfumé. L'amour statique s'étiole et meurt. L'amour qui jaillit ne cesse de croître. Plus il coule, plus il s'approfondit et rayonne sur autrui.
La profondeur de l'amour se mesure à son étendue. Les deux sont indissociables. L'amour qui ne se limite pas à une seule personne et qui rayonne vers tous devient amitié. Un tel amour est empreint de détachement, d'humilité, d'ouverture d'esprit et d'absence de réserves.
L'émotion qui naît du cœur est l'amour, et ce qui se répand inconditionnellement sur tous est la bienveillance. Si l'amour est comme des nuages chargés d'eau, la bienveillance est comme la pluie qui apaise la soif. Tant que l'eau reste emprisonnée dans les nuages, elle ne peut étancher la soif de ceux qui sont sur terre. Ce n'est que lorsqu'elle se déverse sur la terre sous forme d'averses qu'elle peut les satisfaire. L'amour est l'âme ; la bienveillance est le corps. L'amour est sans forme ; la bienveillance a une forme. L'amour est une expérience ; la bienveillance est une expression. L'amour est inmanifeste ; la bienveillance est sa manifestation. L'amour est un poème dans le cœur d'un poète ; la bienveillance est la récitation de ce poème. Ainsi, l'amour en action est bienveillance.
Amitié et convivialité
Il est intéressant de noter que la convivialité et l'amitié ne sont pas synonymes. Il est essentiel de bien comprendre la différence entre les deux.
Tant qu'il y aura amitié, il y aura aussi inimitié. Être ami avec quelqu'un, c'est s'opposer à ceux qui s'y opposent. L'amitié signifie la fin de la haine. Il n'y a pas d'animosité dans l'amitié. L'amitié peut mener à la vengeance. Celui qui est ami aujourd'hui peut devenir ennemi demain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Amérique et la Russie étaient amies, mais peu après la fin de la guerre, elles sont devenues ennemies. Dans l'amitié, les sentiments hostiles ne peuvent pas durer. L'inimitié est vaincue par l'amitié.
En amitié, les vertus et les mérites de l'ami comptent énormément. Seuls ceux qui partagent une même façon de penser et de vivre deviennent amis. En amitié, on attend de l'ami certaines qualités, et s'il ne les manifeste pas, l'amitié risque de se briser. De même, si l'on découvre quelque chose d'inattendu, l'inimitié peut naître. Il n'en va pas de même pour l'amitié sincère. Quels que soient les biens ou la personnalité de chacun, l'amitié sincère demeure.
L'amitié dépend de l'autre. La bienveillance dépend de soi-même. C'est un état intérieur, tandis que l'amitié est une relation extérieure.
Étapes de la convivialité
La bienveillance ne consiste pas seulement à souhaiter du bien aux autres, mais aussi à leur faire du bien. C'est faire passer les autres avant soi. Prendre soin des autres prime sur le soin de soi-même. L'ego s'efface. Contrairement à une vie égocentrique et avide de plaisirs où le monde entier n'appartient qu'à « moi », ici, « tu » devient plus important que « je ».
La bienveillance progresse en trois étapes : la première consiste à en prendre conscience par la réflexion, la deuxième à en ressentir le sentiment, et la troisième à s'exprimer librement.
Dans un premier temps, on appréhende la nature de la bienveillance au niveau intellectuel. L'univers tout entier forme un tout. Tout et tous sont interconnectés. Il ne s'agit pas d'une existence fragmentée, mais d'une totalité. Je ne suis pas une entité séparée de la totalité. Par conséquent, la bienveillance est essentielle et il est primordial d'en comprendre la nécessité, l'importance et la place prépondérante.
La deuxième étape consiste à ressentir la bienveillance. Il ne suffit pas de la connaître théoriquement ; il est tout aussi important de la vivre. Penser et comprendre que « l’existence est une chaîne continue » est essentiel, mais cela doit aussi être vécu. Ce n’est qu’après avoir traversé cette expérience que cette compréhension devient une foi vivante.
La troisième étape est celle de la mise en pratique. De même que la simple compréhension intellectuelle ne suffit pas, l'expérience seule est insuffisante ; elle doit être démontrée dans la vie. Cette troisième étape consiste à mettre la bienveillance en action, c'est-à-dire à avoir la ferme résolution d'alléger les peines, les souffrances et les difficultés d'autrui et d'agir avec le désir d'œuvrer pour son bien-être et son bonheur. Il s'agit d'insuffler la bienveillance dans chaque action. Ce flux de bienveillance constitue une vie véritablement spirituelle.
La bienveillance n'atteint sa pleine plénitude que lorsqu'elle se manifeste pleinement dans les pensées, les expériences et les actions. La tristesse, la souffrance et la détresse nous entourent. Si la bienveillance ne se met pas en pratique et ne s'étend pas aux autres, comment atteindre le sentiment d'unité ?
Il ne s'agit pas seulement d'exprimer sa bienveillance en construisant un hôpital ou un refuge pour animaux. Ramasser une pierre sur le chemin et la mettre de côté, ou sourire, sont autant de marques de gentillesse. L'important est de manifester sa bienveillance. La nature et l'ampleur de cette bienveillance importent peu. Nul besoin de préparation ni de planification pour être bienveillant. Un simple geste d'amour et de gentillesse suffit à accomplir un acte de bienveillance. Avoir un cœur empli de compassion pour tous les êtres, avoir le désir de soulager la souffrance d'autrui, souhaiter le bien-être de tous et exprimer ce souhait, même par une petite action, est essentiel.
Enseignements en pratique
Il était une fois, au Japon, un saint homme. À l'automne de sa vie, il ressentit le besoin impérieux de traduire les écritures bouddhistes du pali vers le japonais, au profit des Japonais. Cette tâche immense exigeait une énergie considérable et des moyens financiers importants. Néanmoins, il était déterminé à atteindre son but. Il parcourut de nombreux endroits pour réunir les fonds nécessaires. Après dix ans d'efforts acharnés, il parvint à rassembler la somme requise pour commencer. C'est alors que la région fut frappée par la famine. Touché par la souffrance des populations, il offrit tout ce qu'il avait collecté pour les soulager.
Il se remit à travailler sans relâche pour rassembler les ressources nécessaires. Il poursuivit ses efforts pendant dix ans. Alors qu'il s'apprêtait à commencer son travail, des inondations frappèrent la région, détruisant presque tout. Incapable de supporter la misère des habitants, comme il l'avait fait auparavant, il offrit tout ce qu'il avait collecté pour les secourir.
Le saint était désormais très âgé, mais inébranlable, il entreprit une nouvelle fois de collecter les fonds nécessaires. Il y parvint et put enfin achever la traduction. Le texte fut publié en japonais. La mention « Troisième édition » y figurait, à la surprise des lecteurs. Le saint expliqua que les fonds collectés lors des deux précédentes éditions avaient été donnés à des œuvres de charité, car tel était le besoin du moment. Cela aussi, disait-il, n'était rien d'autre qu'une traduction de la bienveillance du Bouddha. Bien que les deux premières éditions n'aient pas été publiées, elles constituaient néanmoins des traductions du message du Seigneur. C'est pourquoi on peut légitimement appeler celle-ci la Troisième édition des enseignements du Seigneur.
Ainsi, la bienveillance trouve son accomplissement dans son expression. Il est insuffisant de simplement souhaiter le bonheur de tous sans le mettre en pratique au quotidien. La vie de grands êtres tels que Bhagwan Mahavir et Param Krupalu Dev est une expression de la bienveillance. Leur mode de vie représente le troisième stade de la bienveillance.
Que la bienveillance, la compassion et l'empathie règnent dans chaque cœur et dans chaque action.










